ARTICLES & RÉFLEXIONS
La petite feuille verte de votre communication doit désormais fournir des preuves.
Le 27 septembre 2026, une directive européenne sur les allégations environnementales devait entrer en application dans toute l’Union. Avant de parler de droit, voici l’histoire d’un pictogramme que vous connaissez sûrement — et ce qui peut le remplacer sur vos supports.
Tout commence, en général, par une phrase prononcée en fin de réunion.
« Et ce serait bien de mettre un petit truc écolo. »
Personne ne sait très bien quoi. Mais tout le monde est d’accord. (C’est typiquement le genre de phrase qu’un brief écrit aurait obligé à préciser.) L’entreprise fait des efforts, c’est vrai : on trie, on imprime moins, un fournisseur a changé. Ce serait dommage que ça ne se voie pas.
Alors un graphiste dessine une feuille. Verte, évidemment. Deux courbes, une nervure, parfois une goutte d’eau pour faire bonne mesure.
C’est un très joli dessin. Ce n’est pas encore un problème.

La feuille fait son chemin
D’abord, elle se pose discrètement en bas de la plaquette. Puis elle descend dans le pied de page du site, juste à côté des mentions légales. Elle s’invite sur l’emballage, sur le fond du stand de salon, sur la dernière page du rapport annuel.
Un jour, quelqu’un lui ajoute un mot : « éco-responsable ». Un autre jour, un autre mot : « engagé ».
Personne n’a décidé tout ça. Chaque support a simplement repris ce que le précédent affichait — un phénomène bien connu des structures où la communication est gérée par la personne qui avait cinq minutes. C’est d’ailleurs comme ça que fonctionne une identité visuelle, qui est un système bien plus qu’un logo : par répétition. (C’est plus important que ça n’en a l’air : une identité, c’est d’abord ce qu’on répète sans y penser.)
Vous avez probablement déjà vu cette feuille. Peut-être même sur vos propres documents.

Le 27 septembre 2026
Depuis cette date, une directive européenne — la directive (UE) 2024/825, dite « EmpCo » — est entrée en application. Elle vise ce qu’on appelle couramment le greenwashing, et elle regarde de très près exactement ce que notre petite feuille a appris à faire.
Elle interdit notamment :
Une précision honnête : au moment où j’écris, la France n’a toujours pas transposé ce texte. Le projet de loi a été adopté par le Sénat en février, mais l’Assemblée nationale ne l’a pas encore examiné. Ces interdictions ne s’appliquent donc pas encore telles quelles aux entreprises françaises. Cela ne laisse pas de vide pour autant : le Code de la consommation sanctionne déjà les pratiques commerciales trompeuses, environnementales comprises. Le texte européen ne crée pas le principe — il le rend beaucoup plus précis, et il indique clairement la direction. (Ce n’est pas la première règle de ce genre qui ne se voit pas à l’écran : c’est aussi le cas de l’accessibilité numérique, contrôlée depuis janvier.)
Je ne suis pas juriste, et cet article n’est pas un avis juridique. Pour un cas précis, le bon interlocuteur reste un avocat ou la DGCCRF. Ce qui m’intéresse ici, c’est ce qui se passe sur le papier et à l’écran.

Ce que devient la feuille
Elle ne devient pas illégale du jour au lendemain. Un dessin reste un dessin.
Mais une feuille qu’aucun organisme indépendant n’a jamais validée n’est plus un label. C’est une décoration. Et une décoration posée là où le lecteur attend une preuve risque de dire quelque chose qu’elle ne peut pas tenir.
Il existe pourtant une petite feuille verte qui a le droit de parler : le logo bio européen, une feuille dessinée avec les étoiles du drapeau de l’Union. Elle ne peut figurer que sur des produits contrôlés par un organisme certificateur agréé. Ce n’est pas son dessin qui lui donne de la valeur, c’est le contrôle qui se trouve derrière. Toute la différence entre un label et une décoration tient là.
Le plus inconfortable, c’est qu’elle a eu des années pour se multiplier. Le jour où la question se pose, elle ne se pose pas sur un support : elle se pose sur tous. (La semaine dernière, on parlait ici de l’objet qu’on garde dans sa poche : il fait partie de la liste.)

Ce qui la remplace — et c’est là que ça devient intéressant
On pourrait lire cette directive comme une contrainte de plus. Je crois qu’elle rend surtout service à ceux qui ont réellement quelque chose à dire.
Car ce qui remplace la feuille, c’est une phrase vraie.
Adansownia, poudre de baobab : la composition, l’origine et deux certifications nommées. Rien à croire, tout à vérifier. Voir le projet
Pas « un emballage écologique », mais ce que l’emballage est réellement — sa matière, son origine, ce qui est certifié et par qui. Pas « une entreprise engagée », mais l’engagement lui-même, daté, vérifiable.
Une phrase précise est plus longue qu’une icône. Elle est aussi beaucoup plus convaincante, parce qu’elle donne au lecteur quelque chose à vérifier plutôt qu’une impression à croire.
Et — c’est un détail rarement mis en avant — elle fait un très beau visuel. Une information exacte, bien composée, avec une vraie hiérarchie typographique, a une élégance qu’aucun pictogramme générique n’atteindra jamais. Ce n’est plus de la décoration : c’est du design au service d’un contenu.
Le sachet ci-contre en est un bon exemple. La cliente avait choisi le support et l’imprimeur en fonction de son produit, importé puis conditionné par sa propre structure. Le gabarit était imposé, le taux d’encrage limité, le code couleur fixé — et le tout devait tenir sur une gamme de cinq produits. L’imprimeur aurait voulu simplifier encore, pour encrer moins. Nous nous sommes arrêtés avant, parce qu’on y perdait l’identité. Résultat : aucun vert décoratif sur ce sachet bio. Le seul vert est celui du logo AB, c’est-à-dire d’une certification. Ce sont la composition, l’origine et les labels nommés qui parlent.
L’honnêteté devient un critère de design. Pas une contrainte qu’on subit, une qualité qu’on montre.

Par où commencer, sans tout refaire
- Faire l’inventaire. Rassembler vos supports — plaquette, site, emballages, stand, signatures, objets — et repérer chaque feuille, chaque mot vert, chaque pastille.
- Poser une seule question à chacun : qu’est-ce qui, exactement, permet de l’affirmer ? S’il existe une certification indépendante, on la nomme. S’il existe un fait mesurable, on l’écrit. S’il n’existe rien, on retire.
- Remplacer à la prochaine réimpression, pas en urgence. Un inventaire bien fait permet de corriger au fil de l’eau, support par support, sans tout jeter. (Et en vérifiant au passage que le nouveau fichier tiendra une fois sur le papier.)
Ce n’est pas une solution miracle, mais c’est une manière raisonnable d’aborder les choses :
Le rôle du graphiste, dans tout ça, est assez modeste et assez précieux : être le dernier à tenir le crayon avant l’impression, et donc le premier à pouvoir demander « c’est vérifiable, ça ? ».

La petite feuille verte n’a rien fait de mal. On lui a simplement demandé, pendant des années, de parler à notre place.
Depuis le 27 septembre, c’est à nous de reprendre la parole. Avec des mots exacts.
Si vous souhaitez faire cet inventaire à deux regards, voici comment nous travaillons.











