ARTS & CULTURES
Ce qui fait un pictogramme efficace — et ce qui le fait échouer
Il y a des dessins que personne ne vous a appris à lire.
La flèche. La corbeille. Le triangle du danger. La boucle du recyclage. Les trois arcs du wifi. Vous les comprenez sans mode d’emploi, dans un pays dont vous ne parlez pas la langue, à quatre mètres de distance, en marchant, avec un bagage dans chaque main.
Personne ne s’arrête pour les admirer. C’est exactement le but — et c’est ce qui en fait, à mon sens, l’exercice le plus difficile du métier graphique.
Un logo a le droit d’intriguer. Une illustration a le droit de retenir le regard. Un pictogramme n’a droit à rien de tout ça. Il doit être compris, immédiatement, par quelqu’un qui ne le regarde pas.

Trois critères,
et pas un de plus

Les trois façons de le rater

Pourquoi j’y reviens
Un jeu de pictogrammes est presque toujours la partie la plus sous-estimée d’une identité. On le traite comme un accessoire de la charte, à faire à la fin, vite, quand le budget est déjà consommé.
C’est pourtant lui qui va se retrouver partout : dans les menus du site, sur les fiches de prévention, sur la signalétique, dans les documents bureautiques, sur les supports imprimés. C’est le composant le plus démultiplié du système — et donc celui où une erreur se paie le plus de fois.
Je ne dis pas qu’il faut y consacrer l’essentiel d’un budget. Je dis qu’il vaut mieux dix pictogrammes justes que quarante approximatifs, et que le nombre n’est presque jamais le bon indicateur.

Un test que vous pouvez faire maintenant
Se tromper sur le dessin n’empêche pas de le lire. C’est même le signe qu’il fonctionne.
Fermez les yeux et redessinez mentalement le pictogramme du recyclage.
Combien de flèches ? Dans quel sens tournent-elles ?
La plupart des gens se trompent. Et pourtant, ils le lisent sans une hésitation, tous les jours, depuis des années — sur un emballage, une poubelle, une notice.
C’est ça, un dessin réussi : on n’a pas besoin de savoir comment il est fait pour savoir ce qu’il dit.









